12€ par mois, LA BELLE AFFAIRE ! (Tract)

Sans titre« C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches ». Cette phrase de
Victor Hugo résonne en cette fin d’année 2013.

L’enfer des pauvres ?

12 euros, c’est donc le montant de la revalorisation mensuelle du SMIC pour une personne travaillant à temps plein. Ou 10 centimes de l’heure pour ceux qui sont à temps partiel. Une « revalorisation » minimale qui sera instantanément absorbée par la hausse de la TVA à partir du 1er janvier. Ceci à l’heure où un nombre croissant de salariés, et principalement de salariées, sont payés au SMIC lequel concerne plus de 3 millions de personnes.

Le paradis des riches ? Lire la suite

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ARGUMENTAIRE – Evasion fiscale

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A peine Jérôme Cahuzac pris la main dans le sac, des voix s’élèvent pour condamner un homme dénué de tout scrupule. Il s’agirait d’un cas isolé, d’un fait divers. Il n’en est rien. Si l’affaire Cahuzac peut être utile à quelque chose, c’est bien à révéler l’ampleur et l’organisation industrielle de l’évasion fiscale dans le monde et en France.
C’est l’objet de cet argumentaire que d’en révéler l’ampleur et les rouages, à partir notamment du rapport réalisé par Éric Bocquet,sénateur communiste. Rapport adopté l’an dernier par le Sénat et qui formule 61 propositions pour en finir avec l’évasion fiscale.

L’argument de la semaine Présidentielle : la bataille du sens des résultats

Face à la tentative d’effacement médiatique du résultat du Front de Gauche, l’analyse chiffrée des résultats du 1er tour de la présidentielle montre que c’est le Front de Gauche qui enregistre la plus forte progression dans cette élection. Et que la stratégie d’affrontement avec Le Pen a commencé à faire reculer fortement le FN dans de nombreuses villes et quartiers populaires.

Les urnes ont démenti la rengaine médiatique selon laquelle la campagne présidentielle n’aurait pas intéressé les Français. Avec plus de 80 %, la participation atteint un niveau élevé et relativement homogène. C’est donc plutôt le traitement médiatique de la campagne qui a été méprisé par les Français. Alors que Sarkozy et Hollande ont monopolisé pendant des mois 75 % du temps d’antenne radios et télés, ils totalisent à eux deux à peine 43 % des inscrits sur les listes électorales. Une large majorité des électeurs n’a donc pas voté pour les deux candidats qui figureront au 2nd tour. Et prés de 80 % des électeurs n’auront pas voté au 1er tour pour le candidat qui concentrera l’essentiel des pouvoirs quand il sera élu. Un symptôme cuisant du déni démocratique que représente la monarchie présidentielle de la 5ème République.

Le recul de Sarkozy

Nicolas Sarkozy perd 1,8 millions d’électeurs par rapport à 2007. L’analyse géographique de ses résultats montre que son électorat le plus fidèle et mobilisé est celui de la grande bourgeoisie. Il n’y perd quasiment aucun suffrage : il réalise par exemple 46,5 % à Versailles contre 47 % en 2007 et parvient même à améliorer son score dans le 7ème arrondissement de Paris où il se hisse de 56 à 58 %, ou encore à Neuilly où il obtient 72,64 %. Les grandes fortunes ont donc fait bloc autour du Président des riches. Son recul est beaucoup plus fort dans la partie plus populaire de l’électorat de droite. Il perd 50 000 voix dans le Pas de Calais. Dans les fiefs de piliers de l’UMP, la chute est particulièrement forte : à Saint-Quentin dans l’Aisne chez Xavier Bertrand Sarkozy passe de 31 % à 25 %. Et à Perpignan en milieu populaire ou à Meaux chez Jean-François Copé, Sarkozy passe de 34 % à 27 %.

Le FN perce à droite

Marine Le Pen gagne 2,6 millions de voix par rapport au score de son père en 2007. Avec prés de 18 %, elle dépasse le score historique du FN en 2002 mais ne parvient pas au niveau cumulé des scores de son père et de Mégret (19 %). 70 % de sa progression vient du recul de Sarkozy. L’électorat de droite perdu par Sarkozy se retrouve directement chez Marine Le Pen. On assiste donc à une accélération de l’extrême-droitisation de la droite plutôt qu’à une percée populaire de Marine Le Pen chez de nouveaux électeurs. Par exemple à Florange, commune qui vit des hauts fourneaux d’Arcelor Mittal, Sarkozy perd 606 voix et Marine Le Pen en gagne 636, mais Jean-Luc Mélenchon en gagne aussi 654, manifestement arrachées à l’abstention. Les vases communicants à droite entre Le Pen et Sarkozy sont particulièrement marqués dans le Nord et l’Est de la France où le FN réalise ses meilleurs scores. Marine Le Pen a ainsi atteint quasiment le même score que Nicolas Sarkozy dans plusieurs régions : Picardie, Lorraine, Nord-Pas-de-Calais, mais aussi Languedoc-Roussillon. Sans les efforts du Front de Gauche pour endiguer la montée du FN, le scénario d’une élimination de Sarkozy par Le Pen n’était donc pas très éloigné. Le FN dépasse en effet les 20 % dans 11 régions (une sur deux) et dans 43 départements.

La gauche progresse grâce au Front de Gauche

Le total des voix de gauche augmente fortement par rapport à la dernière présidentielle, en passant de 13,3 millions (36,4 %) à 15,7 millions (43,7 %). C’est le meilleur score global de la gauche à une présidentielle depuis 1988. François Hollande n’est responsable que d’une petite partie de cette dynamique puisqu’il ne gagne que 770 000 voix par rapport à Ségolène Royal. Et encore à Evry chez Manuel Valls le nombre de voix PS stagne et à Lille chez Martine Aubry le PS perd même des voix entre les deux présidentielles. L’essentiel de la dynamique de la gauche vient au contraire de la percée du Front de Gauche qui apporte les deux tiers des voix supplémentaires engrangées par la gauche.

Le Front de Gauche : une force solide et homogène

Avec prés de 4 millions de voix (11,11 %), Jean-Luc Mélenchon fait gagner 3 millions de voix au Front de Gauche depuis son lancement aux élections européennes de 2009 (6,5 %). La force ainsi constituée est d’autant plus solide qu’elle est désormais bien répartie sur le territoire : le Front de Gauche fait plus de 7 % dans tous les départements, 10 % ou plus dans 70 départements et plus de 13 % dans 20 départements. C’est donc une force politique nouvelle qui s’est affirmée sur l’ensemble du territoire, bien au-delà l’implantation historique des organisations qui la constituent. De grandes villes sans tradition communiste forte ont ainsi voté à plus de 15 % pour Jean-Luc Mélenchon, comme Grenoble, Toulouse, Lille ou Montpellier. De spectaculaires progressions sont aussi enregistrées là où Jean-Luc Mélenchon a porté des clivages politiques forts. Ainsi en Alsace, le Front de Gauche a été la première force politique à militer pour l’abolition du Concordat et a augmenté son score de plus de 300 %. A Marseille aussi, le discours clair et décomplexé de Jean-Luc Mélenchon sur les bienfaits du métissage a rencontré un écho populaire de masse en hissant le Front de Gauche à prés de 14 % sur la ville et à plus de 20 % dans plusieurs arrondissements populaires des quartiers nord. Là aussi c’est la stratégie de combat Front contre Front qui a permis de tenir tête au Front national.

Car contrairement aux fantasmes des médias, le score élevé de Marine Le Pen n’a pas fait reculer Jean-Luc Mélenchon. Au contraire, là où le FN progresse, le Front de Gauche progresse aussi. En particulier en terres ouvrières qui sont loin d’être acquises à Marine Le Pen. Ainsi à Petit-Couronne en Seine Maritime où la fermeture de la raffinerie Petroplus menace 900 ouvriers et où tous les candidats à la présidentielle se sont rendus : Sarkozy perd 249 voix, Hollande en gagne 114, Le Pen 436 et Mélenchon 693, soit la plus forte progression. Enfin, signe de l’utilité du Front de Gauche pour faire reculer la droite, les deux départements où Sarkozy réalise ses plus mauvais scores – la Seine-Saint-Denis et l’Ariège – sont aussi ceux où le Front de Gauche obtient ses meilleurs résultats, avec prés de 17 % et des pics à 25 % dans de nombreuses villes populaires.

Déjouer la déformation médiatique des résultats

Une semaine après le 1er tour, les principaux médias ont dessiné un tableau largement déformé de la réalité des résultats. Voici un démontage des principaux mensonges rencontrés à ce sujet.

Marine Le Pen a fait 20 % et a rempli ses objectifs – FAUX

La déformation concernant le résultat du FN a débuté dés 20h le soir des élections quand de nombreux médias ont annoncé à tort que Marine Le Pen avait réalisé ou dépassé le seuil de 20 % des voix. Alors qu’elle en a obtenu 17,9 %. Au-delà de la seule erreur de chiffre (une erreur de plus de 11 %), cette fausse annonce a complètement changé le sens du résultat du FN. Car elle a fait croire que Marine Le Pen avait atteint l’objectif qu’elle s’était fixé d’atteindre les 20 %. Ce mensonge a aussi pu conduire à une comparaison erronée avec le score de l’extrême droite en 2002. Car si elle avait atteint les 20 % comme l’ont annoncé plusieurs grands médias, Marine Le Pen aurait dépassé le résultat historique de l’extrême droite en 2002. Alors qu’avec ses 17,9 %, Marine Le Pen est en réalité en dessous des 19 % réalisés par son père et Bruno Mégret en 2002. Quant aux journalistes qui ont cru intelligent de dénigrer cet argument en indiquant qu’elle avait gagné 1 million de voix, ils ont juste oublié que par rapport à 2002, il y 4,8 millions d’électeurs supplémentaires inscrits sur les listes électorales.

Curieusement, tous les médias ont souligné que le Front de Gauche n’avait pas réussi à dépasser Marine Le Pen mais aucun n’a mis en avant qu’elle n’avait pas atteint les objectifs qu’elle s’était fixés. Ni son objectif d’atteindre les 20 %. Ni celui d’être au second tour comme elle l’annonçait. Ni celui que Jean-Luc Mélenchon ne fasse pas la moitié des voix qu’elle ferait alors qu’il en fait 62 %.

Pas vu à la télé !

Quand le Front de Gauche fait reculer le FN

Même s’il n’y ait pas encore parvenu nationalement, le Front de Gauche a commencé à atteindre son objectif de dépasser le FN dans plusieurs grandes villes et de nombreux quartiers populaires.A Lille, le FN passe de la 3ème place en 2002 à la 4ème place en 2012. Et il se fait doubler par le Front de Gauche qui grimpe à 15 %. Même scénario à Montpellier : de la 2ème place en 2002 il descend à la 4ème en 2012. Et là aussi le Front de Gauche lui passe devant en se hissant à la 3ème place.
La dégringolade du FN est encore plus prononcée dans les banlieues populaires des grandes villes comme Vaulx-en-Velin, Aubervilliers, Stains ou Mantes la Jolie. Souvent arrivé en tête en 2002, il est relégué en 4ème position en 2012 en étant largement dépassé par le Front de Gauche. Ainsi à Vaulx-en-Velin, Marine Le Pen passe de la 1ère à la 4ème place avec 13,83 % contre 21,7 % pour son père en 2002. Le Front de Gauche lui passe devant et se hisse à la 2ème place avec 18,42 %. A Grigny, où se trouve la cité de la Grande Borne en Essonne, le FN chute de 17 à 11 % et le Front de Gauche se hisse à plus de 21 %.

Les ouvriers votent Le Pen – FAUX

Le déferlement médiatique a repris pour assigner les ouvriers au vote Le Pen. Pour cela, les médias s’appuie sur des sondages beaucoup plus que sur la réalité des résultats électoraux. Il s’agit de sondages « sortis des urnes » qui portent sur des échantillons d’à peine quelques centaines d’ouvriers. Ils prétendent mesurer un vote Le Pen des ouvriers compris entre 29 et 35 % selon les instituts. Quant au vote ouvrier pour Jean-Luc Mélenchon, il serait compris entre 11 % (pour IPSOS) et … 18 % (pour IFOP) ! D’emblée, les écarts considérables entre ces « estimations » en montrent le peu de validité. Et même si elles étaient vraies, cela signifierait qu’entre 65 et 70 % des ouvriers ne votent pas pour le FN. Et encore c’est sans tenir compte de l’abstention ouvrière que les sondeurs situent autour de 30 %. Si on rapporte ainsi le score du FN au total des ouvriers inscrits sur les listes électorales, ce sont 80 % des ouvriers qui ne votent pas pour le FN. Alors que les médias annonçaient un « plébiscite ouvrier pour Marine Le Pen » (Journal du Dimanche, 24 avril 2011) ou la présentaient complaisamment comme « candidate préférée des ouvriers » (Le Monde, même date). Non seulement les médias ne reconnaissent pas leur erreur mais ils continuent à déformer la réalité, à l’image d’i-télé dans un reportage au lendemain du 1er tour évoquant « Marine Le Pen plébiscitée par les ouvriers ». A l’inverse, un autre résultat des mêmes sondages sortis des urnes n’est jamais mis en avant par les médias. C’est le vote FN des artisans, commerçants et chefs d’entreprises qui est quasiment aussi important que celui des ouvriers. Pourtant aucun journal n’a jamais titré sur Marine Le Pen « candidate préférée des patrons ».

Gorgés de sondages plutôt que d’analyse détaillée des résultats électoraux, les médias passent ainsi sous silence la percée réalisée par le Front de Gauche en milieu ouvrier. Ainsi à Florange (Arcelor-Mittal), à Montbéliard (PSA Sochaux), à Saint-Nazaire (chantiers de l’atlantique Alstom) ou encore à Douai et à Lens dans le Nord-Pas-de-Calais, le Front de Gauche gagne plus de voix que le FN entre 2007 et 2012.

Le résultat du vote à Montbéliard illustre bien la dynamique ouvrière du Front de Gauche (voir diagramme ci-dessous). Dans cette ville dirigée par le directeur de campagne de François Hollande, Pierre Moscovici, Jean-Luc Mélenchon est allé soutenir le 24 janvier les ouvriers de PSA en lutte sur le plus grand site industriel du pays.

Il n’y a pas de poussée de gauche – FAUX

Cette fausse impression résulte de la centralité médiatique donnée au résultat du FN. Elle provient aussi chez plusieurs médias de droite de la présentation du résultat de Nicolas Sarkozy comme nettement plus élevé que prévu. On retrouve cette manipulation dans la bouche de Sarkozy lui-même. Ce dernier a par exemple affirmé dans l’Est républicain mercredi 25 avril : « Il n’y a aucune poussée de gauche. Le total gauche est très inférieur à ce qu’il était à d’autres élections. » La réalité des chiffres est pourtant exactement contraire. La droite perd 3,2 millions de voix (dont 1,7 millions pour le seul Sarkozy) et la gauche en gagne 2,3 millions en réalisant un de ses scores les plus élevés de la 5ème République.
En sous-estimant la poussée de la gauche, les médias ont aussi passé sous silence son origine. Le Front de Gauche supporte en effet les 2/3 de la progression de la gauche. Et c’est la première fois depuis 30 ans que deux candidats de gauche font un score à deux chiffres. Le score de Jean-Luc Mélenchon permet ainsi de déplacer le centre de gravité de la gauche. Alors que l’autre gauche autonome du PS représentait moins de 20 % des voix de la gauche en 2007, elle en représente désormais 30 %. Et elle s’affirme avec le Front de Gauche comme le seul vote utile pour faire reculer le FN et faire progresser la gauche.

L’argument de la semaine Industrie : l’échec de Sarkozy, les propositions du Front de Gauche

L’agitation médiatique de Sarkozy autour de l’industrie est inversement proportionnelle à ses résultats en la matière. Car l’hémorragie industrielle s’est accélérée sous son quinquennat, faute de protections contre les licenciements boursiers et les délocalisations.  Le Front de Gauche présente à l’inverse des propositions fortes pour pérenniser l’emploi industriel, en définanciarisant l’économie, en produisant autrement et en donnant des droits nouveaux aux salariés.

Une collection de promesses non tenues et d’affichages sans lendemain Lire la suite

L’argument de la semaine Programme « l’Humain d’abord » : réplique argumentée à Mediapart

Le 13 septembre le site internet Mediapart a publié une analyse du Programme du Front de Gauche sous le titre « Le programme encore flou du Front de gauche pour 2012« . Compte tenu du nombre important d’approximations, d’omissions et d’erreurs que comporte cet article, nous avons jugé utile d’y répliquer de manière factuelle et argumentée, en toute franchise et fraternité.

Financement et crédibilité : une question de point de vue

Alors que le Programme « l’Humain d’abord » se veut un document simple et précis, accessible à tous (en livre pour 2 euros), Mediapart explique « qu’on aurait pu attendre un pavé très détaillé » ou « une encyclopédie de la révolution citoyenne« . Or c’est délibérément que le programme du Front de Gauche ne se place pas du point de vue des experts en programme et en commentaires, mais du côté du citoyen à la recherche de solutions concrètes et radicales.

Le premier reproche avancé par Mediapart est celui du financement du programme. Pour Mediapart « l’absence de plan de financement » « obère cette crédibilité à laquelle tient tant Jean-Luc Mélenchon« . Ce reproche d’un « financement incertain » revient ensuite régulièrement pour mettre en question les propositions avancées.
Or, le fait d’avancer des plans de financement entièrement ficelés ne suffit pas à démontrer la crédibilité politique et démocratique. C’est peut-être le gage d’une crédibilité technocratique que certains partis politiques ou candidats recherchent en voulant être le bon élève du système ou des agences de notation. La mise en avant obsessionnelle du financement comme préalable à tout programme politique est une arme, utilisée par le PS et l’UMP, pour expliquer que « tout n’est pas possible« . Et pour disqualifier toute proposition ou tout programme qui s’écarterait des bornes admises par l’oligarchie. L’obsession du financement comme préalable à toute crédibilité est ainsi le plus souvent le corollaire du discours expliquant qu’il n’y a pas d’autre politique possible que celle qui est déjà menée. C’est précisément de ce « cercle de la raison » défini par les puissants dont le programme du Front de Gauche veut s’affranchir. Lire la suite

L’argument de la semaine Aprés la Grèce et l’Irlande, l’UE et le FMI s’attaquent au Portugal

La spéculation contre la dette portugaise s’amplifiant sur les marchés, le gouvernement portugais démissionnaire a décidé de recourir à l' »aide » européenne et du FMI, désormais appelée « mécanisme européen de stabilité ». Une dénomination trompeuse puisque ce mécanisme n’a fait qu’aggraver l’instabilité en imposant une cure d’austérité à la Grèce et à l’Irlande. Le trio Commission européenne / BCE / FMI est pourtant déjà à l’œuvre pour imposer les mêmes recettes libérales au Portugal.

Des plans qui ne marchent pas

A l’annonce du plan de sauvetage de la Grèce (110 milliards d’euros), les dirigeants de l’UE avaient affirmé que la zone euro était sauvée et que ce plan envoyait un signal qui calmerait durablement les marchés. C’est tout l’inverse qui s’est produit. Sous couvert de sauvetage, le Plan d’austérité imposé à la Grèce a fait encore plus plongé son économie et a donc dégradé encore ses comptes publics. A tel point que la Grèce est plus prés de la banqueroute après avoir été « aidée » par l’UE et le FMI qu’avant ! Ses emprunts subissent des taux records de plus de 13 % à 10 ans et de prés de 18 % à 2 ans. Pourtant la BCE et l’UE sous influence allemande excluent toujours une restructuration de la dette grecque avec mise à contribution des créanciers, dont les banques,
Et les spéculateurs, banques et agences de notation en tête, ont continué à faire monter la pression sur les autres Etats européens en attaquant l’Irlande puis le Portugal.

Totalement aveuglée, l’Union européenne a décidé en décembre dernier de soumettre l’Irlande (plan de 85 milliards d’euros) aux mêmes recettes que la Grèce, un traitement de choc déjà décrypté et dénoncé ici . Logiquement la situation irlandaise a continué à se dégrader. Le nouveau gouvernement irlandais n’ayant pas remis en cause frontalement le plan négocié par ses prédécesseurs, l’Irlande continue d’être attaquée sur les marchés. Elle subit des taux de plus de 9 % pour emprunter à 10 ans.
Qu’à cela ne tienne, c’est maintenant au tour du Portugal, qui plus est en violation du vote de son Parlement.

Le Portugal livré à l’Europe autoritaire par les sociaux-démocrates

7 avril 2011 – Communiqué de Jean-Luc Mélenchon,
député européen, co-président du Parti de Gauche

« L’ancien premier ministre portugais vient de demander que son pays soit placé sous la coupe du régime d’urgence de l’Union Européenne et du FMI.
C’est un jour tragique dans l’histoire européenne. L’Union européenne gouverne désormais contre les peuples et la démocratie. C’est en effet un premier ministre démissionnaire, qui demande à la Commission et au FMI d’imposer à son peuple la cure d’austérité refusée par son Parlement.
C’est un jour de honte dans l’histoire de la sociale-démocratie européenne. Après la capitulation sans conditions de Papandreou,  un autre dirigeant de la sociale-démocratie européenne court au-devant des exigences des libéraux.

Il faut tirer les leçons de ce naufrage. Il est urgent d’en finir avec le carcan du traité de Lisbonne et de faire émerger une gauche qui défende le peuple contre l’oligarchie. C’est ce que propose le Front de Gauche. »

Le Portugal déjà victime de plans d’austérité

Le Portugal a déjà adopté en vain 2 plans d’austérité en 2010 et un troisième a été rejeté par le Parlement en mars 2011. C’est ce plan illégitime que le gouvernement démissionnaire est en train de durcir sous la pression de l’UE et du FMI.

Le contenu du 1er plan d’austérité portugais de mars 2010

Le Parlement portugais a voté en mars 2010 le programme de stabilité économique et de croissance 2010-2013 proposé par le gouvernement. C’était un plan d’austérité en anticipation des « inquiétudes » des marchés financiers.
Le plan prévoyait une réduction du déficit budgétaire à 6,6% du PIB en 2011, à 4,7% en 2012, avant d’atteindre l’objectif de l’UE sous 3% en 2013. Il était de 8,3 % pour 2010. C’est donc une réduction de 5 points qui était envisagée. Avec une croissance qui  ne devrait pas dépasser 1,5 % d’ici 2013.

La situation des finances publiques du Portugal n’est pas aussi critique que celle de la Grèce. C’est le niveau d’endettement des ménages et des entreprises qui est inquiétant : selon Eurostat, la dette des ménages représentait, en 2008, 105% du PIB, et celle des entreprises 134%. Ce fort endettement privé s’explique :

  • par l’absence d’augmentation des salaires, qui a poussé les ménages à s’endetter
  • l’endettement risqué des entreprises sur les marchés et dans le secteur immobilier

La responsabilité des entreprises est en cause dans les deux cas mais c’est l’État, et tous les citoyens qui payent.
Les marchés anticipent une reprise difficile et un faible niveau d’investissement et de consommation : le Portugal aurait des recettes minimales pendant plusieurs années et ne pourrait pas rembourser ces dettes. L’objectif est « que tous [agissent] de façon responsable pour que le Portugal puisse défendre la crédibilité et la confiance dans son économie » selon le premier ministre socialiste.

Une réduction des dépenses (50 % des mesures d’austérité)

  • Prestations sociales plus sélectives, création de plafonnements et de conditions de ressources
  • Gel des salaires des fonctionnaires (ils seront uniquement indexés sur l’inflation) jusqu’en 2013
  • Remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Fin 2009, le Portugal comptait environ 675.000 fonctionnaires, soit 73.000 de moins qu’en 2005. Sur les quatre prochaines années, le gouvernement prévoit de continuer à réduire les effectifs de la fonction publique entre 7,5 et 10%.
  • L’investissement public devrait passer de 4,9% du PIB en 2009 à 2,9% en 2013. Dans le secteur de la défense, il sera ainsi réduit de 40%.

Augmentation des recettes (15 % des mesures d’austérité)

  • Hausses d’impôts
  • Gain de 6 milliards d’euros grâce à la vente de participations de l’État dans des sociétés
  • Gain de 1,2 milliard d’euros pour l’année 2010 grâce à des privatisations

Le gel d’investissements publics

  • Report de la construction du nouvel aéroport de Lisbonne
  • Report de la liaison ferroviaire TGV Lisbonne-Madrid

Une autre politique est possible ! Comment gouverner face aux banques ?

A l’opposé des programmes d’austérité défendus partout par les sociaux-démocrates, le Front de gauche (Parti Communiste Français, parti de Gauche, Gauche unitaire) propose une stratégie pour gouverner face aux banques et ainsi rompre la spirale de la dette qui dépouille les Etats.

L’argument de la semaine Les cliniques privées, leurs profits, leurs oligarques

Les cliniques privées s’engraissent sur le dos de la Sécurité sociale

  • Les cliniques privées ont une part de marché de 34 %
    Elle prennent en charge un tiers des 45 millions de personnes hospitalisées chaque année.
    La France est le pays d’Europe où la part de marché du secteur commercial est la plus élevée.
  • En France, l’Etat participe aux investissements dans le privé (rapport de l’IGAS en 2005):
    • le privé lucratif, qui n’accueille qu’un tiers des malades, a reçu 42 % de l’argent distribué par l’Etat pour les investissements en 2006.
    • dans le privé, les praticiens sont payés au nombre d’actes pratiqués, par la sécurité sociale. Ils ont donc intérêt à les multiplier pour gagner davantage d’argent.
      Par exemple, entre 2005 et 2006, le nombre d’endoscopies digestives a augmenté de 17 % dont 73 % réalisées par les cliniques privées à but lucratif.
  • Selon le rapport de certification des comptes de la sécurité sociale en 2007 et la FHF (fédération hospitalière de France), 191 millions ont été transférés de l’hôpital public aux cliniques privées.
  • Les trois premiers groupes français de cliniques privées sont la Générale de Santé, Korian et Medica France. Ils sont présents sur tout le territoire, les autres groupes ont au contraire leurs établissements concentrés sur une région particulière.
    Au premier semestre 2010, le profit net du 1er groupe français (50 % du secteur privé), la Générale de Santé, a bondi de 147,5 %, passant de 24 millions à 59,4 millions d’euros.
    Il a versé 420 millions d’euros à ses actionnaires en 2009.

Au même moment, l’hôpital public est en difficulté

  • 10 000 postes ont été supprimés dans les hôpitaux publics en 2009. Les postes de médecins ne sont pas touchés mais la moitiés des postes supprimés sont des postes de soignants, essentiels au fonctionnement des hôpitaux.
  •  L’enveloppe budgétaire consacrée aux missions d’intérêt général a été gelée à hauteur de 20 % sur décision de Sarkozy dans le budget pour 2011.

Or cette enveloppe couvre les frais des services d’urgence, de recherche et de formation des futurs médecins. Elle permet également aux hôpitaux publics, notamment aux centres hospitaliers universitaires (CHU) de faire face aux cas graves ou complexes qui coûtent plus cher et demandent des compétences médicales qu’ils sont les seuls à avoir.

Des cliniques dirigées par des financiers sans préoccupations de santé publique

  • Les cliniques privées, historiquement constituées par des regroupements de praticiens libéraux sont rachetés par des grands groupes financiers

L’hospitalisation privée « à but lucratif » française a pour modèle historique la clinique de taille réduite détenue par un ou plusieurs médecins ou leur familles.

Dans les années 1980 et 1990, des groupes financiers ont commencé à investir dans le secteur de la santé considéré comme « prometteur ». Ils ont ainsi pris des parts dans le capital de l’établissement ou l’ont repris dans des conditions avantageuses à l’occasion d’un dépôt de bilan.
Des « chaînes de cliniques » appelées ainsi par analogie avec les chaînes hôtelières ont commencé à se créer, avec des objectifs de rentabilité financière. Elles ont donc substitué au pouvoir médical traditionnel d’un ou plusieurs médecins, un pouvoir non médical de gestionnaires et de financiers.

  • Une logique de rentabilité boursière, qui fait payer le prix fort aux patients

« Le marché de la dépendance » comme l’appellent les financiers (maisons de repos, de retraites et centre d’hébergement pour personnes âgées) affiche des résultats indécents :  + 27,8 % de bénéfices pour  2009 pour Noble Age, + 20,1 % pour Orpéa pour  2009.
Leur progression se fait majoritairement en rachat et fusion-acquisition des « secteurs rentables » de la dépendance des personnes âgées.

Afin d’avoir une rentabilité immédiate, de nombreuses fonctions sont externalisées (alimentation, blanchisserie). Les locaux sont de plus en plus souvent vendus par les groupes pour avoir la possibilité de fermer la clinique du jour au lendemain et déplacer les capitaux vers des activités plus rentables financièrement.

Les objectifs de bénéfices pour nourrir les dividendes des actionnaires ont une conséquence directe pour le portefeuille des patients : l’Inspection générale des affaires sociales montre que 90 % des dépassements d’honoraires des médecins (au-delà du tarif conventionné avec la Sécurité sociale) se produisent dans des structures privées.

La fédération de l’hospitalisation privée est membre du Medef depuis avril 2010 : les cliniques privées sont dorénavant des « entreprises de santé »

Il existe une Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) qui regroupe 1250 établissements privés et qui se veut représentative de leurs intérêts.

En avril 2010, le président de la FHP (Jean-Loup Durousset), se félicitait d’avoir adhérer au Medef :
 » Nous revendiquons le statut d’entreprises de santé et sommes heureux que, par l’intermédiaire de notre adhésion au Medef, soient reconnues la place et la contribution de l’hospitalisation privée dans le tissu économique national. « 

Les cliniques privées n’ont pas de stratégie de santé publique à long terme, elles sont plutôt des entreprises classiques, qui agissent dans un domaine parmi tant d’autres, la santé. Cette dernière est donc considérée comme une marchandise.

Les banques françaises détiennent une part déterminante des groupes de cliniques privées : elles spéculent aussi sur la santé

  • Predica, filière de Crédit Agricole a pris une participation de 43% dans le groupe de cliniques Proclif en juillet 2009
    Proclif représente 135 millions de chiffre d’affaires annuel.
    Le fonds d’investissement Duke Street (britannique) détient 50 % du groupe, les salariés seulement 7 % (alors qu’ils en détenaient 20 % depuis 2005, et la majorité avant le rachat par le fonds boursiers anglais).
    Predica est également détenteur de 31 % du groupe KORIAN (2ème groupe français de cliniques privées).
  • Crédit Agricole Private Equity, BNP Paribas Développement, Crédit Mutuel Arkéa et ING Parcom ont participé à la création d’une holding (Vivalto Santé) spécialement pour prendre 60 % des parts dans le groupe Cliniques Privées Associées, groupe breton de cliniques privées qui fait  96 millions de chiffre d’affaires.

Une oligarchie financière est à la tête de ce secteur

  • Les trois premiers groupes français sont détenus par des sociétés d’investissement boursier

    • La plus importante chaîne actuelle reste la Générale de Santé
      Elle est cotée en Bourse et détient 175 établissements sur toute la France.
      Antonino LIGRESTI en est l’actionnaire principal depuis 2007 (63 %)
      Son chiffre d’affaires 2009 est de 2 milliards d’euros annuels.
      Elle a versé 420 millions de dividendes à ses actionnaires la même année.

      La Générale de Santé est issue de la diversification de la compagnie Générale des eaux. Dans les années 1980, elle a diversifié son activité et a investi dans des entreprises de communication, dans le BTP, la restauration et la santé.
      Dans les années 1990 ces différentes activités ont été autonomisées en filiales, c’est ainsi que la Générale de Santé a vu le jour.
      En 1997, le groupe britannique Cinven a racheté la Générale de Santé alors qu’il n’avait aucune expérience dans la gestion de clinique, c’était un opérateur spécialisé dans le rachat de sociétés.
      En 2001, l’entreprise est entrée en bourse, notamment pour fournir une porte de sortie aux investisseurs britanniques qui souhaitaient revendre leurs parts après avoir obtenu le rendement financier qu’ils voulaient.
      En 2003, le cardiologue italien, Antonino Ligresti, déjà à la tête d’un groupe de cliniques en Italie a racheté la Générale de Santé, avec sa société financière Santé développement Europe.
    • Le groupe KORIAN (ex Suren)
      162 établissements en France, 1er groupe français pour la prise en charge de la dépendance, avec un chiffre d’affaires en 2009 de 850 millions d’euros.
      Les actionnaires principaux sont à 31% Predica (assurance Prévoyance du groupe Crédit Agricole), 34% Batipart (historiquement investisseur dans la sidérurgie lorraine, puis dans la Foncière des régions et aujourd’hui dans l’immobilier et la santé : dirigé par Charles Ruggieri et 13% Malakoff Médéric (Guillaume Sarkozy)
    • MEDICA France
      130 établissements en France d’hébergement pour personnes âgées dépendantes avec un chiffre d’affaires de 450 millions d’euros en 2009.
      TBU 3 International SA est l’actionnaire principal. C’est une société de droit suisse détenue par des fonds de BC Partners. Cette entreprise américaine, en dehors des cliniques privées, a investi dans l’entreprise de chimie allemande Bremmtag et dans la chaîne de grand magasins italiens Coins. Elle est cotée en Bourse depuis février 2010.Dans les trois cas, la santé est une marchandise comme les autres pour les financiers.
  • Les actionnaires principaux des groupes de cliniques privées ont des fortunes professionnelles indécentes
    • Charles Ruggieri : directeur de Batipart, au capital du groupe de cliniques Korian possède 637 millions d’euros, en augmentation de 21 % entre 2009 et 2010. C’est la 60ème fortune professionnelle de France selon Challenges.
    • Jean-Claude Marian : médecin fondateur d’Orpéa (groupe de maisons de retraites) possède une fortune personnelle de 401 millions d’euros.
    • Michel Bodkier et Jérôme Nouzarède détenteurs du 5ème groupe français de cliniques privées, Vedici (280 millions d’euros de chiffre d’affaires) possèdent à eux deux 55 millions d’euros
    •  Antonio Ligresti reçoit un revenu brut annuel de la part de la Générale de santé de 286 250 euros. Le président du directoire Frédéric Rostand reçoit lui 1 million d’euros.
  • Il existe des conflits d’intérêts entre parlementaires et cliniques privées
    • En 2008 la clinique Saint-Martin de Renaud Muselier (député UMP et chirurgien) a acheté des terrains de l’hôpital public Sainte-Marguerite pour le prix dérisoire de 320 euros du mètre carré. La transaction a été validée par Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire de Marseille et président du Conseil d’Administration des hôpitaux de Marseille.
    • Jean Pierre Door (député UMP) co-préside avec Gérard Bapt (député PS) et Alain Vasselle (sénateur UMP) le club Hippocrate, un cercle de réflexion parlementaire sur les questions de santé. Ce club est financé par les sociétés Générale de Santé et Malakoff Médéric.