» Le Front Comtois  » jugé à Montbéliard: le procès d’un guignol (L’est Républicain 08/12/11)

Source

L’avocat de Gaëtan Perret, leader du Front comtois jugé ce matin, a assuré qu’il avait « fait le guignol » et qu’il regrettait. Sincère ?

Le fondateur du groupuscule d’extrême droite « Le Front comtois » était jugé ce matin à Montbéliard pour incitation à la haine raciale. Plusieurs associations, syndicats et partis politiques avaient appelé à manifester devant la cité judiciaire de la ville. Leur plainte était à l’origine de l’action publique. Par crainte de débordements, vingt-cinq policiers du commissariat local et une quarantaine de gendarmes mobiles de Dijon avaient ont pris position tôt ce matin aux abords de la salle d’audience.

Amusant. Lorsque ce matin, le président du tribunal de Montbéliard Patrice Bourquin lui demande d’avancer jusqu’à la barre, Gaëtan Perret se place… du mauvais côté, faisant ainsi face à la salle d’audience ! Rires étouffés dans le public et remarque amusée du magistrat : « C’est un tribunal ici, pas une tribune ! »

Un gag involontaire pour une affaire pas drôle du tout. Si ce jeune homme de 23 ans, sans emploi, coupe très courte et bouc soigné, se trouve ici, c’est en effet pour  répondre d’incitation à la haine et à la provocation raciale. L’objet du délit : des affiches placardées en début d’année sur tout le pays de Montbéliard, signées du Front comtois, groupuscule de jeunes « identitaires » d’extrême-droite, réunis en une association 1901 que Gaëtan Perret préside.

L’une de ces affiches proclamait : « Ici c’est la Comté, pas Alger ». L’autre : « Islam hors d’Europe ». L’objet de la plainte d’une quinzaine d’associations, de syndicats et de partis politiques concernait également un article du site internet du Front comtois, dans lequel l’auteur écrivait, entre autre : « A nos églises, ils préfèrent leurs mosquées, ils imposent leurs minarets et voilent nos filles […] un jour il faudra reprendre ce qu’ils nous ont volé ». Ce morceau de bravoure se terminant par un curieux « Je ne reconnais pas ma capitale, Paris, c’est Tel-Aviv-sur-Seine ».

« Ce texte », a bredouillé Gaëtan Perret, « on l’a recopié sur un autre site. Je ne pensais pas qu’il pouvait tomber sous le coup de la loi, je pensais qu’on était dans les limites de la liberté d’expression ». « Et les affiches ? » a interrogé le président. « Je ne voulais blesser personne, je voulais seulement dénoncer l’islamisme et ses dérives ».

« Mais vous confondez l’islam et l’islamisme ! » a alors tonné André Chamy, avocat des associations antiracistes, constituées parties civiles. « Vous revendiquez une identité, mais vous ne maîtrisez même pas la langue française. Vous jouez la surprise, la naïveté et l’ignorance. Eh bien, que ce tribunal ait alors un rôle éducatif. Qu’il vous rappelle les limites de la liberté d’expression ! Qu’il vous rappelle que l’identité française n’est pas celle de l’exclusion, mais de ses valeurs républicaines, une identité fraternelle, intelligente et solidaire ! », a-t-il conclu, en réclamant 1.000 € de dommages et intérêts pour chacune des associations plaignantes.

Dans un brillant réquisitoire, la procureure Thérèse Brunisso s’est, elle, appuyée sur les fondements juridiques qui définissent le délit d’incitation à la haine raciale, notamment la loi Pleven de 1972. « Le délit est constitué sans contestation possible », a-t-elle indiqué. « Mais ces slogans agressifs, ces mots qui blessent sont sans doute plus insupportables dans notre région, dont la richesse s’est constituée sur la force des immigrés. Toutes les personnes d’origine étrangère se sentent visées », a-t-elle estimé, en requérant une amende 3.000 €.

Avocat parisien de la défense, Romain Graëffly a immédiatement plaidé coupable. « Le délit est constitué, mon client a commis une erreur. Il est allé trop loin, il a fait le guignol, dans tout le folklore de l’extrême-droite, avec des propos détestables. Mais il n’a que 23 ans, il n’a pas fait d’études et surtout, il a décidé qu’il se rangeait des voitures. Il va quitter ce milieu et ce mouvement, et il présente ses excuses ».

Sincère, tout cela ? On peut en douter, en observant le badge du Front comtois que la compagne de Gaëtan Perret a arboré sur le col de son manteau pendant toute l’audience… Le délibéré sera rendu jeudi.

Serge LACROIX

par Reportage Damien Bessot et Serge Lacroix

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s