Le candidat du Front de Gauche est « Le cœur tranquille en Corrèze »

Note de campagne de Jean-Luc Mélenchon Candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle

Ceci est une brève note rédigée dans le train de mon voyage en Corrèze où je me rends pour la manifestation et le meeting de Brive. J’y parle de la primaire socialiste cela va de soi. Et du contre-budget d’Eva Joly, parce que la vie continue à gauche. Je vais et j’agis le cœur tranquille. Ceux qui ont aimé Montebourg dans la primaire vont adorer le Front de Gauchedans la présidentielle. Je réagirai à la lettre de Montebourg dès que je l’aurai. Mais je sais déjà que je suis le seul qui peut répondre d’avance : « chiche ! ». Parce que le résultat de ce vote est un formidable encouragement pour nous. Il prouve que loin d’être isolées, nos thèses sont dorénavant centrales à gauche. Qui croit pouvoir agir en nous contournant, en nous méprisant ou en nous insultant est condamné à être balayé. Notre gauche est de retour.

A la veille du second tour de la primaire socialiste, mon avis est plus que jamais de s’en tenir au respect du droit pour le PS de désigner comme il l’entend son candidat. Et de ne point s’en mêler sauf à créer de terribles illusions. Car le face à face entre Martine Aubry et François Hollande est bien moins frontal que l’a été la séquence précédente où les thèmes de Montebourg, Valls et Royal proposaient de véritables clivages.  Voici ce qu’a dit Arnaud Montebourg, avant le vote de dimanche dernier, à propos de Hollande et d’Aubry : « Ce sont deux candidatures parfaitement légitimes mais parfaitement identiques. Elles sont solubles dans la mondialisation. Elles ne remettent pas en cause le système. Ce sont des gestionnaires du moindre mal » (Libération, 24/05/11) Il a ensuite précisé son point de vue. « Aubry et Hollande sont deux candidats officiels de la direction du Parti socialiste. Et on ne voit pas pourquoi il y a deux candidats pour représenter un seul courant politique. Le duel Hollande contre Aubry n’a aucun sens. Ils ont tous les deux cogéré le PS, ils ont tous les deux voté pour le traité constitutionnel européen. Ils sont tous les deux les héritiers politiques de Delors. Il y a des barons et les mêmes propositions des deux côtés. Ce sont tous les deux d’anciens élèves de l’ENA qui, sur le nucléaire comme sur le contrat de génération, ont un débat de techniciens » (Libération 30/09/11). Ce point de vue n’était pas isolé. Ce n’était pas seulement celui d’un de leurs concurrents. Jean-Pierre Chevènement en a dit autant à propos des deux mêmes, en connaisseur : « Ils sont tous les deux des bébés Jospin, ou plutôt des bébés Delors, les héritiers des choix faits au milieu des années 1980. Choix que j’ai combattus, et dont l’échec a été rendu manifeste par la crise du néolibéralisme en 2008-2009 et celle de l’euro en 2010-2011.». (L’Express, 25 juin 2011). Ce que Bertrand Delanoë, soutien de Martine Aubry confirmait de façon plus suave : « Jacques Delors a eu deux enfants spirituels, l’une est de gauche, c’est Martine, et l’autre est de droite, c’est François.« . De bien des façons, je n’ai rien à ajouter.

En décidant d’interpeller ses camarades par un courrier précis, Arnaud Montebourg a pris ses distances avec la méthode simpliste et peut-être même simplette qui reporte le concept de désistement ou de report de voix dans une élection où cela n’a pas lieu d’être. Dans le désistement joue la « discipline républicaine », veille règle qui veut que l’on se désiste pour le candidat de gauche le mieux placé pour empêcher celui de la droite de l’emporter. Cette tradition remonte à la période des premières élections libres où les candidats républicains faisaient front pour empêcher les monarchistes de l’emporter. Entre Hollande et Aubry il n’y a ici ni droite ni monarchiste en cause. Il n’y a pas de figure imposé ni rien d’automatique par conséquent. Ce sont au contraire les contenus, les propositions, qui seuls comptent pour former sa décision. C’est si vrai que de notre côté nous n’agissons pas autrement que Montebourg vis à vis de ses camarades. Bien sûr nous n’avons pas à exprimer de préférence dans le vote pour désigner le candidat socialiste. Ce n’est pas notre affaire puisque nous ne voterons pas pour lui. Rappelons en effet que le candidat du Front de Gauche est déjà investi. Pour autant nous ne sommes pas indifférents. C’est tout le contraire. Nos amis, nos électeurs veulent chasser la droite du pouvoir. Non par détestation personnelle mais du fait des politiques qui sont appliquées. C’est avec elles que doit se marquer la rupture. Notre devoir est bien alors d’interpeller les candidats socialistes sur le contenu de leur programme et leur stratégie d’alliance politique. Car nous avons lieu d’être inquiets compte tenu de ce que l’un et l’autre ont déclaré sur les questions qui comptent. Je pense à la politique d’austérité et à l’alliance avec le centre ! Sur ces deux questions l’appétit droitier des deux candidats restés en lice ne s’est pas démenti. De même que leur refus de dire comment ils comptent s’y prendre pour gouverner face aux banques. Ou d’en finir avec le régime de la monarchie quinquennale qu’est la cinquième République. Ce n’est pas avec ce flou ou ces refus d’agir qu’on pourra convaincre une majorité populaire de se rassembler autour de la gauche.

La vie à gauche ne se limite pas au grand tumulte des primaires socialistes. La candidate des Verts, Eva Joly candidate d’Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle, a présenté un remarquable travail : « Pour un new deal écologique et social ». C’est le titre de son contre-budget pour l’Etat, présenté le 5 octobre dernier. Il s’agissait pour elle de s’opposer au budget du gouvernement pour 2012 et de proposer ses solutions. Je crois qu’il faut s’intéresser à ce qu’elle a proposé. Sans vouloir être exhaustif, je crois utile au débat à gauche de faire un point rapide en première lecture rapide, certes en diagonale. L’intitulé de son travail fait écho au « new deal » mis en œuvre par Roosevelt aux Etats-Unis d’Amérique après la grande crise de 1929. En matière de référence, elle a aussi affirmé à quelques jours du premier tour de la primaire socialiste qu’avec elle « la vie va changer ». Bon début.

Un bon point d’abord. Eva Joly a été très claire : « La religion des 3% est absurde. Assurer la cohésion sociale est plus important ». Dans le même temps, Europe-Ecologie attend la désignation du candidat socialiste pour boucler un accord de gouvernement et sur les législatives. Ce qui pose problème. Car Martine Aubry et François Hollande ont annoncé pour leur part leur intention de respecter cette règle « absurde » des 3%. Et même de l’appliquer dès 2013. Eva Joly a donc préféré prendre les devants. Elle a indiqué : « Nous avons devant nous de longues négociations. J’exigerai des marges de manœuvre dans le budget ». Pascal Canfin, eurodéputé EELV et conseiller économique d’Eva Joly, a alterné entre défense du « réalisme » et invocation d’une « relance intelligente ». Selon lui, « Mélenchon dit, la dette, ce n’est pas notre problème. Il manque de réalisme ». Je comprends qu’on pense cela de ma position si on la résume comme il le fait. Je réponds à Pascal Canfin, que j’estime, combien je me sens proche de lui quand il soutient Eva Joly pour déclarer « refuser les dogmes, celui de la règle d’or, inefficace économiquement et absurde politiquement, celui qui voudrait faire d’une date un horizon indépassable. Nous ne sommes pas en capacité de promettre qu’en 2013 ou en 2014, nous pourrons en avoir fini avec le poids de la dette« . Et il affirme lui-même que face à « l’austérité généralisée, il faut lâcher du lest ». Sommes-nous vraiment si éloignés ? Je pense que sur ce point, les questions de forme mises de côté, nous sommes plus proches entre eux et nous qu’eux avec les socialistes.

Pour autant, ce contre-budget révèle des différences de conceptions entre Europe-Ecologie et le Front de Gauche. Pascal Canfin, eurodéputé EELV veut « sortir du déficit » parce que « la dette ce n’est pas écolo ». Mais dans le même temps, Eva Joly indique vouloir réaliser des « investissements d’avenir » et engager la transition du modèle économique actuel vers un modèle écologiquement soutenable. Comment les deux sont-ils conciliables ? Ces investissements, considérables, ne sont pas finançables autrement que par l’emprunt. Donc par le déficit. Donc par la dette. Pour le Front de Gauche, la dette qui finance l’investissement public de long terme est donc une « bonne dette ». Si elle finance la planification écologique, elle peut même être une dette écolo. Europe-Ecologie a établi son contre-budget avec une prévision de croissance de 0,8% pour 2012. C’est presque un point de moins que le projet du gouvernement (1,75%) et du PS (1,7%). Europe-Ecologie reprend les chiffres de l’Office Français des Conjonctures Economiques (OFCE). Soit. C’est faible quand même. Et peu qualitatif. Car la croissance, même faible n’est pas une fin en soi. On aurait aimé que nos amis éclairent en quoi elle serait ici un progrès humain. Enfin, le budget d’Eva Joly prévoit 48 milliards d’euros de hausse d’impôts. Il faut leur ajouter 18,5 milliards de baisse de dépenses et notamment de suppressions de niches en tout genre. Sur les 66,5 milliards dégagés, Eva Joly prévoit d’en affecter 30 milliards à la baisse du déficit et 36 milliards à des dépenses nouvelles. Je contesterai volontiers ce partage. Mais je n’en retiens que l’essentiel : elle montre qu’il existe des marges de manœuvres pour une politique de gauche.

La marge peut être encore plus grande que le prévoit Eva Joly. Par exemple, elle n’envisage que la création de deux nouvelles tranches d’impôt sur le revenu : une à 60% pour les revenus supérieurs à 100 000 euros et une à 70% pour les revenus supérieurs à 500 000 euros. Cette seule mesure, accompagné d’un coup de rabot sur les niches fiscales qui allègent l’impôt sur le revenu, rapporterait 4 milliards d’euros. Ce sera nettement plus avec la proposition du Front de Gauche de passer de cinq à quatorze tranches d’impôt sur le revenu dont la dernière taxera à 100% le revenu au-dessus de 360 000 euros. Mais le budget présenté par Eva Joly comporte plusieurs idées que défend également le Front de Gauche. Elle prévoit de recruter des enseignants, d’augmenter le RSA, de « garantir la retraite à 60 ans », de construire massivement des logements sociaux de haut niveau écologique, de lutter contre la fraude fiscale etc. Mais il n’y a évidemment pas accord sur tout. On s’y attendait. Tout se discute cela va de soi. Il y a aussi des os durs. Par exemple, Eva Joly propose de créer une « taxe sur les énergies non renouvelables ». C’est la résurrection de la taxe carbone que le gouvernement avait voulue imposer. Le contre-budget d’Eva Joly prévoit qu’elle rapporterait 12 milliards d’euros. Mais cette taxe pénalisera d’abord ceux qui n’ont pas d’autre choix que de se chauffer au gaz ou au fuel, ceux qui n’ont que leur voiture pour aller travailler. Joly le reconnait puisqu’elle propose des « chèques verts » pour amortir ses effets dans les milieux populaires.

Ce rapide tour d’horizon est presque un point d’étape dans le travail de décryptage que fait l’équipe qui m’entoure. Il est destiné à confirmer que notre méthode en campagne reste le débat argumenté. Surtout avec les autres formations de gauche et de l’écologie politique. C’est une occasion pour moi de confirmer notre « offre publique de débat » notamment aux socialistes qui vont bientôt avoir fini avec l’investiture de leur candidat. Il ne faut pas rester en chiens de faïence. Le succès d’intérêt des débats télévisés a montré quel appétit de savoir et de comprendre existe à gauche et dans le pays d’une façon générale. Je pense que la confrontation des points de vue et des propositions entre candidat de gauche intéresserait au moins autant de monde que le seul débat entre socialistes. J’en suis même certain puisque davantage de monde serait concerné.

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